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LOUIS RIEL

« LOUIS RIEL ET LES TROUBLES DU NORD OUEST : DE LA RIVIÈRE ROUGE À BATOCHE », TEXTES PRÉSENTÉS PAR GILLES BOILEAU », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ACTION NATIONALE (2001)


La bataille de L'Anse aux Poissons en 1885 (Fish Creek, Saskatchewan)

« LOUIS RIEL ET LES TROUBLES DU NORD-OUEST : DE LA RIVIÈRE ROUGE À BATOCHE », TEXTES PRÉSENTÉS PAR GILLES BOILEAU, COLLECTION MÉMOIRE QUÉBÉCOISE, ÉDITIONS DU MÉRIDIEN, MONTRÉAL, 2000, 208 p. »

PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ACTION NATIONALE (2001)

Afin de « contribuer à une meilleure connaissance » de la résistance de 1869-1870 et 1885 dans le Nord-Ouest, et de  « celui qui en fut le personnage le plus en évidence », Gilles Boileau, directeur de collection aux Éditions du Méridien, a eu la riche idée d'exhumer et de réunir dans un livre de format-poche, une série de textes d'époque rares.

Écrits sur une période s'étendant de 1874 à 1908, ceux-ci ont en commun la volonté de replacer les événements dans leur contexte, d'analyser les causes qui donnèrent naissance au mouvement d'émancipation du Nord-Ouest, et de dénoncer l'ignoble dépossession des Métis par le gouvernement canadien, lequel fit de Louis Riel un bouc émissaire de premier choix.

Accusé d'avoir joué un double jeu durant la révolte, l'archevêque Alexandre Taché utilise, dans La Situation au Nord-Ouest (1885), toutes les ressources d'une plume classique, riche et éloquente, pour se justifier. Rejetant la responsabilité des désordres sur le gouvernement du pays, il accuse l'ignorance, l'incompétence et l'appétit de pouvoir dont ce dernier fit preuve à l'égard des Métis et des Indiens. Néanmoins, en dépit de son désir d'objectivité, il ne défend à aucun moment Louis Riel, ce « fou » auquel il ne consacre qu'un chapitre, et achève sa confession-diatribe par un sermon moralisateur prêchant la tolérance et le rapprochement des peuples.

Au pilori : la trahison des chefs conservateurs démontrée par les témoignages recueillis devant le Comité du Nord-Ouest (1874) nous ramène quelques années en arrière, au moment du départ de Riel pour les États-Unis. Prenant fait et cause pour le proscrit, le journal québécois L'Événement lance une vigoureuse attaque contre « l'inutilité et la cherté d'une annexion qui s'est opérée avec despotisme » au détriment de la population métisse. Sur le ton d'une virulente polémique, il met au ban les représentants du parti conservateur qui, par une série de manœuvres de bas étage, ont trahi les promesses d'amnistie accordées aux Métis par l'intermédiaire de l'archevêque Taché, simple « jouet et instrument » entre leurs mains, et rehausse l'image d'un Riel dominé par son grand rêve d'unité entre toutes les sections de la population.

De sa plume candide, à la fois pleine de retenue et d'indignation, Louis Riel expose dans son essai, L'Amnistie, mémoire sur les causes des troubles du Nord-Ouest et sur les négociations qui ont amené leur règlement à l'amiable (1874), la brutalité avec laquelle le Canada anglais s'est emparé des terres de son peuple. Après avoir justifié la création du gouvernement provisoire par sa volonté de protéger celles-ci, il dévoile la manière éhontée dont le fédéral a récupéré l'exécution de Thomas Scott, à seule fin de faire passer les dirigeants métis pour des « rebelles » et des « usurpateurs ». En conclusion, il réclame avec véhémence l'octroi de l'amnistie, qui fut la condition sine qua non de la signature de l'Acte du Manitoba en 1870.

Quatre ans après la mort de Riel, Adolphe Ouimet, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, révèle enfin La Vérité sur la question métisse au Nord-Ouest (1889). Textes juridiques à l'appui, l'avocat démontre en termes clairs et précis que la Compagnie de la Baie d'Hudson n'avait plus aucun droit sur le pays depuis 1859 et que les autochtones en étaient les propriétaires légitimes. Par conséquent, leur soulèvement était parfaitement « excusable et justifiable ». Prenant parti pour le petit peuple métis, dont le traité a été « bafoué, méprisé et conspué », il salue son « courage » et sa «virilité» face à un gouvernement négligent et de mauvaise foi, qui n'a pas hésité à « arracher la vie de ses enfants ».

Dans Louis Riel (1908), le père Adrien-Gabriel Morice, sympathique à la cause du chef métis, nous offre de lui un portrait-biographie abondant en métaphores élogieuses. Après l'avoir décrit comme un homme « remarquable », pétri de qualités morales et intellectuelles, l'Oblat soutient farouchement qu'il a sauvé son pays en fondant la province du Manitoba et en empêchant qu'elle ne tombe aux mains des Américains. Toutefois, en prêtre qui se respecte, il impute son rejet de la religion catholique à sa « folie » et souligne le paradoxe selon lequel cet « apostat » est mort en
« véritable saint ».

Enfin, des annexes rassemblent le célèbre discours qu'Honoré Mercier, futur Premier ministre, prononça le 22 novembre 1885, à la fois vibrante démonstration d'art oratoire et sensible plaidoyer en faveur de Riel ; les Résolutions du Champ de Mars, que les députés entérinèrent le même mois afin de protester contre l'acte de cruauté barbare perpétré par le fanatisme orangiste ; deux lettres de Mgr Taché, l'une, adressée au gouverneur général du Canada (1870), dans laquelle il se porte garant de l'allégeance des Métis envers la Couronne britannique ; l'autre, expédiée à Riel et à l'adjudant Lépine (1872), qui fait appel à leurs sentiments de patriotisme et de dévouement à dessein de les convaincre, au nom d'un prétendu retour à la paix, de quitter leur pays.

Des textes fondateurs de la nation métisse, qui commémore en cette année 2000, le 115e anniversaire de la mort de Louis Riel... un document essentiel que tous les enseignants en histoire et ceux que passionne le fait français dans l'Ouest devraient posséder dans leur bibliothèque.

Article paru dans L'Action Nationale, Montréal, vol. 91, nºs1 et 2, janvier 2001, p. 198-200.

 

 

 

 

© Ismène Toussaint


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