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LOUIS RIEL

« N’OUBLIONS PAS L’UNE DES PLUS GRANDES INJUSTICES DE L’HISTOIRE ! » : DISCOURS DE LANCEMENT DE L’OUVRAGE LOUIS RIEL, LE BISON DE CRISTAL – HOMMAGE, À LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL, LE 22 NOVEMBRE 2000, PAR ISMÈNE TOUSSAINT


Place du Champ de Mars, à Montréal

« N’OUBLIONS PAS L’UNE DES PLUS GRANDES INJUSTICES DE L’HISTOIRE ! »

DISCOURS DE LANCEMENT DE L’OUVRAGE LOUIS RIEL, LE BISON DE CRISTAL – HOMMAGE À LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL (22 NOVEMBRE 2000)1

PAR ISMÈNE TOUSSAINT

Mesdames, Messieurs,
Monsieur le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste,
Chers patriotes, chers amis,

J’ose espérer que vous mesurez l’importance de l’événement historique que nous commémorons ce soir et la portée symbolique de votre présence ici. Il y a exactement cent-quinze ans, le 22 novembre 1885, 50 000 personnes – un chiffre considérable pour l’époque – étaient réunies Place du Champ-de-Mars, à Montréal.

Pourquoi un tel rassemblement, qui mêlait sans distinction hommes et femmes du peuple, notables, étudiants, hommes politiques et membres de la Société Saint-Jean-Baptiste, conduits par leur président, l’avocat Adolphe Ouimet ?

Du cercle des orateurs, se détacha soudain un homme de belle prestance : Honoré Mercier, député et futur Premier ministre du Québec, qui, citant en exemple celui qui venait d’être injustement pendu une semaine auparavant par le gouvernement d’Ottawa, rappela l’urgence de former une nation libre et indépendante. De sa voix de ténor, mêlée à la fois d’émotion, de colère et d’indignation, il commença son discours en ces termes : « Riel, notre frère est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison. » M. Guy Bouthillier, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, nous a présenté tout à l’heure un extrait de ce discours.

Louis Riel… je ne vous raconterai pas son histoire puisque mon ouvrage en rappelle les principaux événements. L’on s’étonnera peut-être que cet hommage soit rendu par quelqu’un qui n’est pas né au pays. Il est vrai que rien ne me prédestinait à rencontrer Louis Riel puisque je vivais à 11 000 km de Saint-Boniface, sa ville natale, et dans une totale ignorance de l’existence des francophones et des Métis de l’Ouest. Mais un heureux concours de circonstances m’a permis, il y a quelques années, d’aller achever mes études de Lettres au Manitoba. Depuis mon enfance, bien des personnages avaient jalonné ma vie à travers les livres. Cette fois, tout est parti d’une cathédrale en ruines, à Saint-Boniface, et d’une statue, une grosse tête de Riel figée dans le bronze, au bord de la rivière Rouge, qui me fascinait et m’attirait irrésistiblement – je ne comprenais pas pourquoi. En fait, la rencontre de cet homme et de cet auteur, Louis Riel, a été une révélation, un choc. Elle a bouleversé ma vision du monde, elle a été une source de cassures intérieures, mais elle m’a aussi tracé une voie dans le fouillis de l’existence, elle m’a conforté dans ma fragile mission d’auteur et de défenseur des francophones de l’Ouest et de la langue française.

D’autre part, il faut savoir que Riel a toujours employé le terme « Métis » dans son acception la plus large : si vous lisez les quatre volumes des Écrits complets de Louis Riel2, vous verrez que ce visionnaire a annoncé la venue, au Manitoba, de « Métis français de toutes les nations de la terre ». Aussi n’est-il pas surprenant qu’il trouve aujourd’hui des enfants spirituels dans d’autres pays que le Québec et l’Ouest francophone.

Je tiens également à dire que la présence, parmi nous, des descendants des personnages historiques évoqués dans cet hommage, est un honneur émouvant et tout à fait inhabituel pour moi : Patrick Riel, un arrière-petit-cousin de Louis Riel, qui demeure à Val-des-Monts (Québec) ; Louis-Riel Sébastien Dussault, arrière-petit-fils d’Ambroise Lépine, ami et bras-droit de Louis Riel dans le gouvernement provisoire, qui habite à Montréal.

Je voudrais dire aussi au président Guy Bouthillier que je me réjouis de voir que l’esprit de Louis Riel habite à nouveau la Société Saint-Jean-Baptiste. Peu de gens savent, en effet, que Riel fut, dans les années 1870-1871, le co-fondateur et le président de la « section de l’Ouest » de la Société, au Manitoba. En ramenant la Société dans l’Ouest, en aidant au rachat de la maison natale de la romancière Gabrielle Roy à Saint-Boniface, M. Bouthillier a cicatrisé dernièrement une blessure profonde et effectué un bond inestimable dans le resserrement des liens entre les Québécois et leurs frères de l’Ouest. Chose que Louis Riel souhaitait par-dessus tout.

Je souhaiterais également que mes quelques amis, à la Société Saint-Jean-Baptiste, sachent combien j’ai été bouleversée lorsqu’il y a un an, j’ai découvert dans le journal du Manitoba, l’affiche qui prenait la défense de Louis Riel, et touchée de l’accueil qu’ils m’ont fait lorsque je suis venue me présenter ici pour la première fois. Porteurs de grands rêves, vous êtes les enfants spirituels d’autres grands patriotes, et il m’a toujours semblé que vous étiez à l’avant-garde de ce vaste mouvement de rapprochement de tous les peuples francophones qui travaille actuellement la planète en profondeur.

Deux hommes ont encouragé la préparation de cet hommage et lui ont donné, en quelque sorte, sa tonalité :

– Le premier, dont j’ai fait un riellien convaincu, est M. Jean-Louis Morgan, un auteur qui me conseille dans l’écriture de mes livres et de mes articles depuis plus deux ans, avec beaucoup d’exigence et de patience. M. Morgan a notamment traduit de l’anglais la lettre de Louis Riel au président américain Grant que vous trouverez dans ce livre.

– Le second, je n’ai pas eu besoin de le convertir au riellisme parce que c’était fait bien avant que je ne le rencontre, c’est M. Robin Philpot, l’organisateur de cet événement. M. Philpot, qui m’a toujours fait penser à Henry William Jackson, l’ami de Riel en Saskatchewan, se multiplie depuis plus d’un an pour faire la promotion du chef métis à travers la presse. Il n’a jamais ménagé son temps ni sa peine pour m’aider et j’espère que nous parviendrons un jour à faire de Riel une grande figure de la francophonie.

Outre les Éditions internationales Alain Stanké, les personnes que je souhaiterais remercier sont :

– Mme Laurence Lambert, directrice-adjointe de la revue L’Action nationale.

– M. Jacques Bergeron, président de la section « Ludger-Duvernay » à la Société et directeur du journal L’Action indépendantiste.

– M. Claude Fournier, réalisateur, qui a consacré une éloquente préface à mon ouvrage.

– M. Reginald Hamel, professeur de Lettres à l’Université de Montréal, qui a été le premier à faire entrer Louis Riel comme écrivain dans un dictionnaire publié au Québec.

– M. Victor Charbonneau, mon archiviste, autre riellien.

Enfin, merci à tous qui me faites la joie d’être venus soutenir Louis Riel, notre frère manitobain et québécois, et empêcher que l’on oublie l'une des plus grandes injustices de l’Histoire. Connaissant le tempérament en mal d’affection et de reconnaissance de Riel, je sais qu’il aurait été profondément touché par votre geste.

NOTE

 1. Ce texte a paru dans le Bulletin de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, vol. 13, n° 4, décembre 2000, p.17 ; Internet : http://www.ssjb.com ; repris dans Québec un pays, Gatineau, 2003, http://www.membres.lycos.fr/quebecunpays ; dans Louis Riel : Journaux de guerre et de prison (présentation, notes et chronologie métisse 1604-2006 par Ismène Toussaint), Montréal, Éditions Stanké/Quebecor Média, 2005, p. 273-276 ; dans Louis Riel, 17 juin 2012,http://www.ismenetoussaint.com/ArticleView.php?article_id=21 

2.  Réunis sous la direction de George Stanley, Edmonton, Presses de l’Université de l’Alberta, 1985, 4 volumes et un index.

 

 

© Ismène Toussaint


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