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LOUIS RIEL

« NOUS RÉAPPROPRIER CETTE PARTIE DE NOTRE HISTOIRE QUI S'APPELLE LOUIS RIEL » : DISCOURS DE M. GUY BOUTHILLIER, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL (2000)

 
M. Guy Bouthillier

« NOUS RÉAPPROPRIER CETTE PARTIE DE NOTRE HISTOIRE QUI S'APPELLE LOUIS RIEL »

DISCOURS DE LANCEMENT DE L’OUVRAGE D'ISMÈNE TOUSSAINT, LOUIS RIEL, LE BISON DE CRISTAL – HOMMAGE, À LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL,  POUR COMMÉMORER LE 115e ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE LOUIS RIEL ET DE LA GRANDE MANIFESTATION DU 22 NOVEMBRE 1885, PLACE DU CHAMP-DE-MARS, À MONTRÉAL

PAR M. GUY BOUTHILLIER, PRÉSIDENT DE LA SSJBM (22 NOVEMBRE 2000)

Mesdames, messieurs,

Nous avons des invités... Je pense notamment aux membres du Conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste, du conseil d'administration... Plusieurs d'entre eux sont ici, je voulais les signaler au passage : Jean-Paul Champagne, premier vice-président, Liliane Goulet, trésorière, Yves Sabourin, ancien président de la section « Louis Riel », Gaston Bergeron, Gérard Kentzinger, Marcel Henry, Edouard Cloutier. J'espère que je n'ai oublié personne...

Je voulais aussi signaler la présence de personnes qui ne sont pas souvent parmi nous mais je suis sûr qu'on les verra – du moins je le souhaite – qu'on les verra plus souvent ici... Je pense notamment aux personnes rattachées directement à Louis Riel lui-même : je mentionne le nom de Patrick Riel, arrière-petit-cousin de Louis Riel, qui habite à Gatineau et qui travaille aujourd'hui dans le domaine des relations publiques... M. Patrick Riel (applaudissements)... M. Riel est parmi nous ?... Bonsoir, M. Riel ! Mme Carole Du Sault, arrière-petite-fille d'Ambroise Lépine, compagnon de lutte, compagnon d'exil de Louis Riel aux États-Unis. Mme Du Sault est originaire de l'Abitibi et travaille comme attachée politique à Montréal. Mme Du Sault ? Bonsoir, madame ! (applaudissements) Louis-Riel Sébastien Du Sault, de Montréal, arrière-petit-fils d'Ambroise Lépine... M. Du Sault ? Bonsoir, M. Du Sault ! (applaudissements). Je voudrais aussi signaler la présence de membres de la famille de feu Henri Bergeron, je pense en particulier à Mme Yvonne Bergeron... Bonsoir, madame ! (applaudissements).

Oui, nous sommes heureux de vous accueillir, chacun et chacune d'entre vous, en nos murs, ce soir... Nous sommes heureux d'accueillir Ismène Toussaint, sans laquelle nous ne serions pas ici, l'auteur du livre qui prendra la parole tout à l'heure (applaudissements). Bonsoir Ismène ! ... un membre, une militante, une amie qui nous aide si fortement à tisser ou plutôt à retisser des liens avec le Manitoba... Le Manitoba chaque jour moins lointain, des liens avec les Franco-Manitobains – comme nous l'avons fait il y a un mois, certains s'en rappellent, j'en suis sûr –, comme quand nous sommes allés là-bas apporter notre soutien, notre soutien moral, politique et autre, aux amis de Gabrielle Roy, décidés à sauver la maison natale de Gabrielle Roy de la détresse pour l'élever à l'enchantement de ce qui sera... un musée !

Nous sommes heureux d'accueillir aussi, je dirais... cet ami, ce frère, que certains croyaient, que certains voudraient bien perdu à tout jamais pour nous, et qui est encore et chaque année un peu plus proche de nous par l'enseignement qu'il nous a laissé, je pense ici à notre frère qui nous réunit ici ce soir, je pense à Louis Riel... Ce n'est pas un hasard si c'est un 22 novembre – nous avons choisi la date exprès, vous vous en doutez –, ce n'est pas un hasard si c'est un 22 novembre que nous sommes ici réunis car c'était un 22 novembre, il y a exactement 115 ans, en 1885, que nous nous réunissions - j'emploie le « nous », vous voyez pourquoi – que nous nous réunissions... nous étions 50 000 au Champ de Mars, à l'appel d'Honoré Mercier1, aussi, à l'appel déjà, de la Société Saint-Jean-Baptiste, pour faire savoir urbi et orbi, comme on disait à l'époque – c'est à dire au nord et au sud, vous voyez qu'on connaît la différence des points cardinaux (rires)2, au nord, comme au sud, à l'est comme à l'ouest, je dis bien comme à l'ouest – pour faire savoir que nous étions solidaires et que nous resterions solidaires de Louis Riel et de son peuple.

Ce n'est pas un hasard non plus si c'est à la veille de l'an 2001 que nous sommes ici réunis ce soir car c'est l'année où nous célèbrerons, dans quelques semaines, le 300e anniversaire de la grande paix de Montréal, cette grande paix qui, à l'époque, il y a 300 ans maintenant, a permis justement aux hommes et aux femmes de la vallée du Saint-Laurent de se projeter au-delà des Grands Lacs et d'aller à l'encontre des Amérindiens qui habitaient les territoires qui s'appellent aujourd'hui Manitoba et Saskatchewan, et de fonder avec ces Amérindiens, de fonder avec eux un peuple... Fonder un peuple... le peuple métis ainsi devenu et pour toujours notre peuple frère... Non, ce n'est pas un hasard ni un accident, c'est même un acte de volonté, de notre volonté collective, j'en suis sûr, de faire savoir à tous, notamment à l'extérieur du Québec, mais aussi à l'intérieur – car je crois qu'il faut dire aussi à l'intérieur –, que nous entendons nous réapproprier cette partie de notre histoire qui s'appelle Louis Riel et que nous entendons renouer nos contacts avec nos amis, nos frères de l'Ouest, aussi bien les Franco-Manitobains que les Métis...

Oui, c'est un acte de volonté de faire entendre que nous refusons de nous laisser couper de notre passé, que nous refusons aussi de nous laisser couper de nos alliés naturels car nous savons bien que c'est en divisant les hommes entre eux, les uns contre les autres, que les puissances établies réussissent à régner et même à étendre leur empire... Renouer avec notre passé, renouer avec Louis Riel, nous le faisons ce soir de belle manière grâce à Ismène Toussaint, et grâce à votre présence ici, et nous le ferons tous les jours un peu plus, non seulement parce que nous voulons nous souvenir, non seulement parce que nous refusons d'oublier, mais parce que nous sommes tournés vers l'avenir et que nous n'oublions pas que la leçon, que l'enseignement que nous a laissé Louis Riel, à savoir que le Québec est le seul foyer national possible, la seule patrie pour notre peuple, le seul grand espoir pour la langue française en Amérique du Nord et je dirais même le grand espoir, et les différences nationales, les identités nationales ne se laisseront pas laminer par les grands rouleaux compresseurs qui nous menacent... Nous saluons Louis Riel qui n'est pas un homme du passé, c'est même aujourd'hui une figure de proue qui nous aide à affronter l'avenir. ...

Vive Louis Riel, vive le peuple métis et vive le Québec !

Discours paru dans le Bulletin de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, vol. 13, n° 4, décembre 2000, p. 16 ; Internet : http://www.ssjbm.com ; repris dans Louis Riel : Journaux de guerre et de prison (présentation, notes et chronologie métisse 1604-2006 par Ismène Toussaint), Montréal, Éditions Stanké/Quebecor Média, 2005, p. 273-276.


NOTES

1. Honoré Mercier (1840-1894). Avocat et homme d’État canadien-français. Né à Saint-Athanase (Bas-Canada), il fut élu en 1882 chef du Parti national provincial. Le discours qu’il prononça le 22 novembre 1885, place du Champ-de-Mars, à Montréal, est demeuré célèbre : « Riel, notre frère, est mort… » La crise gouvernementale qui suivit la pendaison du chef métis porta son parti au pouvoir : le 29 janvier 1887, Honoré Mercier était nommé Premier ministre du Québec. Il donna un essor industriel et agricole considérable à sa province, mais son implication dans le scandale financier lié à la construction du chemin de fer de la Baie des Chaleurs lui valut d’être renvoyé de son poste en 1891 par le lieutenant-gouverneur du Canada. Une fois lavé de tout soupçon, il revint sur la scène politique l'année suivante, mais son parti essuya une défaite écrasante. Il est considéré aujourd’hui comme le père de l’indépendantisme québécois.

2. Allusion à une bourde diplomatique que Jean Chrétien, Premier ministre du Canada, avait commise quelques mois auparavant, lors de son passage à Jérusalem.  

 

 

 

 

 

 

 


 

© Guy Bouthillier, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal -
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