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LOUIS RIEL

« LOUIS RIEL : JOURNAUX DE GUERRE ET DE PRISON (PRÉSENTATION, NOTES ET CHRONOLOGIE MÉTISSE 1604-2006, PAR ISMÈNE TOUSSAINT) » : COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE DE PAUL-ÉMILE ROY, REVUE L'ACTION NATIONALE, MONTRÉAL (2005)

 
Louis Riel     


« LOUIS RIEL : JOURNAUX DE GUERRE ET DE PRISON (PRÉSENTATION, NOTES ET CHRONOLOGIE MÉTISSE 1604-2006, PAR ISMÈNE TOUSSAINT), MONTRÉAL, STANKÉ/QUEBECOR MEDIA, 2005, 348 P. », L'ACTION NATIONALE, MONTRÉAL, VOL. 95, N° 9 ET 10, NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2005

  COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE DE PAUL-ÉMILE ROY

Pendant la crise qui oppose les Métis de l’Ouest au gouvernement fédéral du Canada, Louis Riel rédige un Journal de guerre, dit de Batoche, qui couvre la période du 1er septembre 1884 environ au 10 mai 1885. Les Métis sont écrasés et Riel fait prisonnier. Il est emprisonné à Régina. Du 5 au 28 août 1885, il écrit un Premier Journal de prison, et du 3 au 28 octobre 1885, un Second Journal de prison. Ce sont ces textes dont Ismène Toussaint donne ici une édition critique.

Riel a subi un procès marqué de graves irrégularités. Il fut pendu le 16 novembre 1885, à Régina, malgré de nombreuses protestations contre cette pendaison au Québec et aux États-Unis. Wilfrid Laurier avait pris la défense de Riel et réclamé l’amnistie pour les Métis. Honoré Mercier, Premier ministre du Québec, tenta de sauver Riel mais en vain. John Macdonald, premier ministre du Canada, ne rêvait que de vengeance. C’est pendant ces jours sombres qui précédèrent la pendaison du chef métis qu’il déclara : « Riel sera pendu même si tous les chiens du Québec devaient aboyer en sa faveur. »

Les trois textes que publie Ismène Toussaint nous permettent de connaître intimement Louis Riel pendant les derniers mois d’une existence tragique. Cet homme était victime des représailles du pouvoir fédéral contre le peuple métis et les Canadiens-français qui étaient les fondateurs du Manitoba, et qui étaient à la recherche d’un statut politique. Ces trois journaux nous le montrent très digne, magnanime, bien supérieur à ses accusateurs, entièrement dévoué à la cause de son peuple, convaincu d’avoir le droit pour lui. Il pardonne à ses ennemis et prie pour eux. Il ne voudrait pas mourir mais accepte la volonté de Dieu.

On peut discuter de l’orthodoxie de certains aspects de la spiritualité de Louis Riel. Elle peut nous sembler parfois étrange, bizarre même. Pourtant, cet homme, qui est emprisonné par ses adversaires et condamné à mort, fait preuve d’un courage et d’une grandeur exceptionnels. Sa voix a parfois des accents qui rappellent les prophètes de l’Ancien Testament. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut rester impassible devant l’injustice dont il est la victime.

Le livre d’Ismène Toussaint est présenté par Gabriel Dufault, président de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba, par Raymond Cyr, leader de la communauté métisse de l’Estrie, et préfacé par Gilles Rhéaume. Il nous offre aussi plusieurs autres documents dont la Présentation d’Ismène Toussaint, un court texte de Louis Riel, « Soyons Métis canadiens-français », d’autres textes de Gilles Rhéaume, Henri Bergeron, Guy Bouthillier, Jean Morisset, Jean-Luc Forest, et surtout une « Chronologie de la vie de Louis Riel et des principaux événements de l’histoire des Métis canadiens-français du Manitoba 1604-2006 ». Cette chronologie d’une centaine de pages d’Ismène Toussaint est très précieuse, très documentée et permet de mieux comprendre le sort qui a été fait aux Métis au Canada, et le traitement réservé au fait français. Ajoutez à cela une bibliographie d’une vingtaine de pages et vous comprendrez que cet ouvrage est très précieux, très savant, et en même temps très facile à lire et à consulter.

Le traitement qui a été servi aux Métis du Manitoba et à Louis Riel en particulier est inique. Ce sont les Métis et les Canadiens-français qui ont fondé le Manitoba, et ils ont été traités comme des criminels. En 1890, l’anglais devient la seule langue à l’Assemblée législative et dans les tribunaux du Manitoba. La même année, on abolit les écoles confessionnelles et en 1916, la Loi Thornton abolit l’enseignement du français dans les écoles manitobaines. En 1998, la ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, Jane Stewart, présente des excuses « aux peuples autochtones pour les gestes passés du gouvernement fédéral », mais, commente l’auteur, ces excuses « ne seront jamais suivies d’aucune mesure concrète. »

L’histoire de Riel est tragique. Elle illustre de façon dramatique le traitement que le Fédéral a réservé aux Métis et au fait français au Canada. Il faut remercier Ismène Toussaint de nous rappeler les raisons de ne pas oublier.

NOTES

1. Wilfrid Laurier (Sir ; 1841-1919). Avocat, journaliste et homme d’État canadien-français. Né à Saint-Lin (Bas-Canada), il devint à vingt-deux ans vice-président de l’Institut canadien, siège du Parti Rouge (futur Parti libéral). Dans les années 1860, il combattit vigoureusement le projet de Confédération et fut nommé en 1887 chef du Parti libéral du Canada. Deux ans plus tôt, il avait pris la défense de Louis Riel, dont il se disait l’ami, à la Chambre des Communes, mais de manière ambiguë et sans doute en partie pour des raisons liées à sa carrière. Élu Premier ministre du pays en 1896, il refusa de prendre parti sur la question des droits scolaires au Manitoba, en adoptant le compromis « Laurier-Greenway » qui empêcha la communauté francophone de retrouver le système des écoles catholiques et protestantes séparées. Cette manœuvre le rendit très impopulaire au Manitoba et les Métis ressentirent ses choix politiques comme une trahison de l’œuvre de Riel. Si sa politique de développement commercial, ferroviaire et agricole l’a hissé au rang de « Père de la Confédération » aux yeux des Canadiens-anglais, en revanche, les nombreux compromis auxquels le conduisit sa volonté de partenariat avec eux ont terni sa réputation au Québec.

2. Gilles Rhéaume (1951-). Historien-conférencier québécois, militant de l'indépendance du Québec et ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM).
Guy Bouthillier (1939-). Avocat et professeur de droit québécois, ancien président de la SSJBM.
Henri Bergeron (1925-2000). Annonceur radio/télévision au Québec, d'origine franco-manitobaine.
Jean Morisset (1940-). Poète métis Abénaki et professeur de géographie à l'Université du Québec à Montréal (UQÀM).
Jean-Luc Forest (1964-). Professeur d'anglais franco-manitobain et diplômé en droit ;  fils de Georges Forest (1924-1990), grand militant des droits juridiques des Franco-Manitobains.  

(Notes d'Ismène Toussaint)

 

 

 

 

© Paul-Émile Roy, L'Action Nationale 


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