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LOUIS RIEL

« ISMÈNE TOUSSAINT : LOUIS RIEL, LE BISON DE CRISTAL - HOMMAGE, MONTRÉAL, STANKÉ, 2000 », COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE DE PAUL-ÉMILE ROY, REVUE L'ACTION NATIONALE, MONTRÉAL (2000)


Louis Riel enfant

« ISMÈNE TOUSSAINT : LOUIS RIEL, LE BISON DE CRISTAL - HOMMAGE, MONTRÉAL, STANKÉ, 2000 »

COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE DE PAUL-ÉMILE ROY, L'ACTION NATIONALE (2000)

Un autre livre sur Riel ? Eh bien oui ! Il est des personnages qu'il ne faut pas oublier, dont il faut se rappeler l'histoire périodiquement. Louis Riel est de ceux-là car il est emblématique de la réalité canadienne. Il faut que son nom reste lié à la révolte et à la répression des Métis du Manitoba à la fin du XIXe siècle, ainsi qu'à l'intransigeance brutale, en cette circonstance, du pouvoir central du Canada.

Ismène Toussaint est une Française qui, après des études en France sur Gabrielle Roy, est passée au Manitoba où elle a vécu plusieurs années avant de s'installer à Montréal. Elle a donc connu le pays même de Louis Riel, les descendants des Métis qui avaient rêvé de fonder une province bien à eux dans ce nouveau Canada qui venait de se proclamer Confédération par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique. Ismène Toussaint a adopté la cause des Métis et des Canadiens français de l'Ouest, elle est fascinée par la personnalité exceptionnelle de Louis Riel. C'est ce qui donne à son livre un souffle qui emporte le lecteur et lui donne le goût d'en connaître toujours davantage.

S'il est clair qu'elle éprouve beaucoup de sympathie pour son héros, elle n'en reste pas moins consciente de ses exagérations, de son exaltation chimérique. Cet illuminé était un homme très intelligent, très lucide, très clairvoyant, trop peut-être, et profondément voué à la cause des siens. Il n'était pas sécessionniste mais au contraire voulait que les Métis forment une province dans la Confédération. L'obstination du gouvernement central, sa rigidité brutale sont plus graves, plus condamnables que les maladresses de Riel et des Métis. Riel a subi un procès truqué, rempli d'irrégularités.

Un mouvement de protestation se forma au Québec. Le Premier ministre du Canada, Macdonald, fit de l'issue du procès un enjeu électoral. Pour gagner des votes en Ontario, il alla jusqu'à proclamer: «Il sera condamné même si tous les chiens du Québec doivent aboyer en sa faveur». Les chiens ont beaucoup aboyé, et pour défendre la mémoire de Louis Riel, Honoré Mercier, une semaine après sa mort, dira à la foule rassemblée sur la place du Champ de Mars de Montréal : « Riel, notre frère, est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison; du fanatisme de sir John et de ses amis ; du fanatisme de trois des nôtres qui, pour conserver leur poste de ministre, ont vendu leur frère».

L'assassinat de Louis Riel, la répression des Métis, la négation des droits des Canadiens français dans l'Ouest forment la trame d'une longue histoire qui continue. Ismène Toussaint nous raconte cette tragédie dans une langue plus qu'élégante et très appropriée. Elle a ajouté à son texte de nombreuses illustrations, des photos, dont celle que lui a donnée un Métis, de la petite table de prison sur laquelle il a écrit son journal.  son journal. Elle reproduit en annexe un certain nombre de documents : d'abord L'Acte du Manitoba qui proclame et « sanctionne la naissance du Manitoba et son entrée dans la Confédération ». Ce texte est de 1870. Il entraînera la mort de son signataire. Elle reproduit aussi le Mémoire à Ulysses Grant, Présient des États-Unis, dans lequel Riel appelle ce dernier au secours des Métis du Manitoba. On y retrouve à la fois la générosité de Riel et son idéal chimérique. Ce texte est traduit pour la première fois par Jean-Louis Morgan. Enfin, un poème de Riel, La Complainte d'un condamné, qui nous donne une idée des talents littéraires de Riel.

Bref, un ouvrage précieux qui, nous dit l'auteur dans son Avant-propos, n'est ni un livre d'histoire ni une biographie exhaustive, mais un rappel des principaux événements de la vie et de l'oeuvre de Louis Riel, un hommage réparateur en cette année 2000 qui se doit d'être « l'année Louis Riel ».

Article paru dans L'Action Nationale, Montréal, vol. 90, nº 10, décembre 2000, p. 113-115.

 

 

 

 

© Paul-Émile Roy, L'Action Nationale


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