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LOUIS RIEL

« LOUIS RIEL, DÉCLENCHEUR DU NATIONALISME QUÉBÉCOIS » : CONFÉRENCE DE M. YVES SAINT-DENIS PRONONCÉE LE 16 NOVEMBRE 2015 À LA MAISON LUDGER-DUVERNAY DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL

 
Illustration du procès de Louis Riel

LOUIS RIEL, DÉCLENCHEUR DU NATIONALISME QUÉBÉCOIS

CONFÉRENCE DE M. YVES SAINT-DENIS1, PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE DES PATRIOTES DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE,

PRONONCÉE LE 16 NOVEMBRE 2015 À LA MAISON LUDGER-DUVERNAY DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL

Bonsoir Madame, Monsieur, Patriote,

Bienvenue aux Lundis de l’histoire, initiés en 2005 par Gilles Rhéaume2 et que j’avais réussi à ramener à la Maison Duvernay au début de 2009, sous l’égide de la section Ludger-Duvernay que je présidais.  Nous accueillons des personnalités que nous évitons de nommer mais qui se reconnaissent en leur for intérieur.  Bienvenue en particulier aux membres de la section Louis-Riel qui peuvent s’enorgueillir à juste titre d’avoir un aussi noble et valeureux patron. Permettez tout de suite un rappel à nos habitués des Lundis de l’histoire que nous ne pourrons plus vivre de l’air du temps et merci à celles et ceux qui achètent généreusement des billets de tirage pour notre œuvre du livre français, nous permettant ainsi de joindre financièrement les deux bouts.

Mon état de santé s’étant fait plus précaire cet automne, je n’ai pu consacrer tout le temps voulu à mes travaux ; aussi me trouvez-vous heureux d’avoir pu m’adjoindre les précieux appuis d’une grande spécialiste de Louis-Riel, madame Ismène Toussaint, que je salue et remercie.  C’est un jour historique que nous vivons aujourd’hui même  puisque nous saisissons l’occasion de commémorer le 130e anniversaire du lâche assassinat de Louis-David Riel, un fondateur de pays, celui de la Rivière Rouge.  Comme le fut avant lui Louis-Joseph Papineau3, comme le sera au cours du dernier demi-siècle Jacques Parizeau4, je prétends depuis plusieurs années que Louis Riel est un véritable homme d’État.  Il est aussi facile de voir en lui le déclencheur du nationalisme québécois.

UNE BIBLIOGRAPHIE QUI S'ENRICHIT

Le regretté Gilles Rhéaume aimait répéter que tant qu’on n’aurait pas écrit deux cents biographies sur Louis Riel, le sujet restera à étudier.  On sait bien que le tribun avait parfois l’illustration forte et qu’il se permettait quelques enflures oratoires.  Deux cents, dans le domaine de la biographie, ça tient presque de l’innombrable, mais l’idée de la multitude était là et accréditait l’importance à accorder à l’étude du héros-martyr. Nous avons choisi d’exposer une vingtaine d’ouvrages sur Riel, de ma collection personnelle, donc non à vendre.  Vous pourrez les examiner.  On en a mis un au tirage : Bois Brûlés5 de Jean-Louis Roux, un ami de Gilles Rhéaume.  Aussi étrange que cela puisse paraître, se sont plutôt des anglophones qui se sont d’abord intéressés à la carrière de Louis Riel.

Le grand Félix (Leclerc) disait : Je ne suis pas un chanteur mais un homme qui chante. » De même, moi, le littéraire, connaissant assez bien la valeur et la justesse des mots, je ne me dis pas historien mais un homme qui écrit de l’histoire.

SAVOIR METTRE SON PIED À TERRE

C’était le 11 octobre 1869.  Un jeune homme de vingt-cinq ans, de belle apparence, de constitution agréable, s’était rendu de l’autre côté de la rivière, à Saint-Vital, à la demande de  son ami André Nault sur la terre duquel une situation faisait problème.  Le colon métis avait acquis sa terre de la Compagnie de la Baie d’Hudson depuis nombre d’années.  Or des arpenteurs venus d’Ottawa campaient sur celle-ci et se livraient à leurs travaux en se comportant en êtres supérieurs, suffisants, maîtres de tout. 

Riel leur demanda alors de se retirer mais ils firent mine de l’ignorer et continuèrent leurs travaux,  « Alors, Riel fit acte d’autorité, écrit l'historien québécois Jacques Lacoursière.  Il mit le pied sur la chaîne et se dressant fièrement en face de ces étrangers il leur jeta ce défi : « You dare to proceed any further. » : Je vous défie d’aller plus loin ».  Ces Anglais n’eurent que le choix de déguerpir et d’aller se plaindre plus loin.  (Anecdote 1948 de J.-M. Cossette, devenu indépendantiste à Sainte-Catherine, en Ontario).

Ce jour-là du 11 octobre, un chef d’État était né.  Si jeune et déjà tellement admiré et respecté des siens, Louis Riel prit la tête des Métis de la rivière Rouge qui s’opposaient aux arpenteurs venus s’accaparer leurs terres pour les distribuer aux colons anglophones et pour construire des routes, tout comme la ligne du chemin de fer Pacifique canadien devant relier Montréal à Vancouver.  On n’insistera sans doute jamais trop sur ce moment charnière de la carrière de Louis Riel.  De tempérament plutôt posé, il venait de se tracer des ornières d’une vie mouvementée, souvent difficile, voire tourmentée.  [Commentaire de Madame Toussaint ?].

APERÇU BIOGRAPHIQUE 

Dans son fameux Louis Riel, le Bison de cristal6, paru en l’an 2000, dont nous avons pu obtenir quelques exemplaires que nous proposerons ce soir à prix d’ami, il est question de « l’auteure, enfant spirituel de Louis Riel ».  Depuis, des intellectuels surnomment Ismène Toussaint « la Fille spirituelle de Louis Riel.  S’il y en a parmi vous qui désirez des livres de cette auteure sur Riel ou encore sa fameuse Maîtresse d’école7 sur la voie des grands succès littéraires de l’année, venez me voir à la pause et vous pourrez aussi demander une dédicace.  Voici comment cette spécialiste la plus actuelle du père fondateur du Pays de la Rivière Rouge et, partant, du Manitoba, couronne l’avant-propos de son premier ouvrage sur ce Louis Riel qui n’aura hélas vécu que 41 ans dans ce monde auquel il aura tant donné et dont il sera si mal payé en retour.   

« Figé depuis trop longtemps dans un médaillon jauni pour manuels scolaires poussiéreux, Louis Riel, patriote révolté, père du Manitoba, chef du peuple « métis canadien-français », martyr politique, écrivain visionnaire et prophète d’un nouveau monde en voie d’édification, mérite enfin d’occuper les devants de la scène et la place, même marginale, qui lui revient de droit dans l’histoire de l’humanité.  Défenseur d’une cause plus qu’homme politique, trait d’union entre Québécois et Canadiens français de l’Ouest, il est l’illustration vivante du combat, contre toute forme d’impérialisme, de la langue française et des opprimés dans le monde, et nous paraît digne d’être élevé, un jour, au rang de symbole de la francophonie internationale. »  Merci, Madame Toussaint, d’avoir écrit ce paragraphe d’anthologie8

J’ajouterai que ce n’est pas seulement par l’action qu’on devient homme d’État, mais par ce qu’on incarne, par l’image qu’on projette, par le symbole qu’on crée.

ASCENDANCE DE LOUIS RIEL

Le père, Jean-Louis Riel (1817-1864), était revenu s’établir à la colonie de la Rivière Rouge dans les Territoires de Nord-Ouest, à l’été 1843, après y avoir séjourné en 1838.  Il y acquit vite une terre à Saint-Boniface, près de celle de la famille Lagimodière, dont « il s’éprend de la charmante et belle Julie, la septième enfant du couple », écrit Viateur Lefrançois dans son roman historique Louis Riel le résistant9, paru en 2012.  Pas de tâtinage, c’est là, le 22 octobre 1844, à Saint-Boniface, que son épouse Julie Lagimodière (1822-1906) accoucha de leur fils aîné, Louis.

Louis Riel père était meunier et s’était vite fait reconnaître comme chef métis local.  Sa branche paternelle remonte dans l’Ouest à Jean-Baptiste Riel (1785-1868), grand-père du héros, un voyageur originaire de Berthierville (Lanaudière, Bas-Canada) qui avait immigré à l’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan), et Marguerite Boucher (1790-vers 1860) sa mère, une Métisse franco-chipewyan.  Quant aux grands-parents maternels de Louis Riel, ils étaient Jean-Baptiste Lagimodière (1778-1855), un marchand de fourrures originaire, quant à lui, de Saint-Antoine-sur-Richelieu (Montérégie, Bas-Canada), qui s’était établi à la colonie de la rivière Rouge en 1812, et Marie-Anne Gaboury (1780-1874), une Métisse de Maskinongé (Lanaudière) que d’aucuns ont désignée comme la première Blanche à s’établir dans l’Ouest en 1806. [Monument à Maskinongé - 14-10-2015]10.

(Blanche ? (ou Métisse ?) : I. Toussaint ; Maskinongé : Jean Jolicœur et al.)

FORMATION DU FUTUR CHEF

On raconte que Louis Riel n’avait que cinq ans, en 1849, lorsqu’il fut profondément marqué par l'intervention de son père dans le procès du commerçant de fourrures Guillaume Sayer, accusé de trafic illicite avec les Américains : à la tête d'une centaine d'hommes armés, Jean-Louis Riel parvint en effet à briser le monopole de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) et rétablit la liberté de commerce pour les Métis.

Après ses études au collège des sulpiciens de Montréal, puis un bref passage dans le bureau de Rodolphe Laflamme (1827-1893), avocat et député libéral, Riel travailla quelque temps aux États-Unis puis revint à la rivière Rouge.  En 1868, des négociations financières entreprises entre la  Compagnie de la Baie d’Hudson et la Couronne Britannique aboutirent à la cession des Territoires du Nord-Ouest au gouvernement canadien.  Ce qui nous ramène bientôt au 11 octobre 1869 de Louis Riel.

(Tout le paragraphe qui suit peut être traité en alternance : affirmations-Yves, explications-Ismène).

Élu président d'un gouvernement provisoire le 10 février 1870, Riel négocia le 15 juillet suivant l’entrée de son pays dans la Confédération sous le nom de « Manitoba » (en langue crie « le lieu où souffle l’Esprit ») et réclama une amnistie pour ses compatriotes. Mais l'exécution du délinquant orangiste Thomas Scott (né en 1842), qui avait été perpétrée le 4 mars précédent par sa cour martiale, puis l’expédition punitive qui fut lancée par les autorités d’Ottawa contre la province nouvelle-née,  le contraignirent à s’exiler aux États-Unis (24 août 1870). Néanmoins, le 5 octobre 1871, il revint au Manitoba pour aider les Métis et Sir Adams G. Archibald (1814-1892), le lieutenant-gouverneur du Manitoba, à arrêter les Féniens11 qui tentaient d’envahir le territoire.

Quoique ayant été élu à trois reprises député du comté de Provencher (Saint-Boniface, 1873, 1874 et 1875), Louis Riel fut banni du Dominion. Durant les huit années qui suivirent, il mena une vie errante et souvent misérable aux États-Unis. En 1881, il épousa Marguerite Monet-Bellehumeur (1861-1886), une Métisse dont il eut deux enfants, Jean (1882-1908) et Marie-Angélique (1883-1897), et se fit instituteur à la mission Saint-Pierre, dans le Montana.  [Ajouts d’Ismène Toussaint].

C’est surtout durant ses années d’exil aux États-Unis et particulièrement au Montana que Louis Riel s’est livré à l’écriture.  Madame Toussaint pourra vous en parler davantage, si elle le veut, tout à l’heure.  Je me suis personnellement arrêté au petit recueil publié dès 1886 par l’ancêtre du sénateur Jos Guay, un ami qui m’en a dédicacé une copie lors du centenaire de 1985.  Ce sont les Poésies religieuses et  politiques12Permettez que je vous en lise quelques brefs extraits.

(À compter d’ici, je n’ai rien touché à la Notice biographique que j’avais emmagasinée naguère, sans doute lors de nos travaux de 2009, et me suis rendu compte en cours de route qu’il s’agissait sûrement des solides notes d’Ismène Toussaint.)

En 1884, les Métis qui avaient immigré en Saskatchewan à la suite du vol de leurs terres au Manitoba, firent appel à Louis Riel pour rédiger une liste de leurs droits, les pétitions envoyées depuis onze ans au gouvernement  étant restées sans réponse.  Mais une fois parvenu en Saskatchewan, Riel ne put contrôler la  révolte de ses compatriotes, qui éclata le 18 mars 1885. Le jour suivant, il lança l’Exovidat, un gouvernement provisoire fondé sur des bases religieuses très personnelles, qui était destinées à rapprocher les catholiques et les protestants, et dans lequel il ne jouait que le rôle d’un inspirateur ou exovide (« celui qui est en dehors du troupeau »). Mais cette autorité politico-spirituelle devint vite impopulaire, tant auprès des autorités et de l’Église locales que des Métis eux-mêmes.  Le 12 mai 1885, l’opposition du chef métis aux opérations de guérilla de Gabriel Dumont13, jointe au manque de munitions des combattants, entraîna la sanglante défaite de Batoche et l'écrasement de « la plus petite Nation du monde » (Louis Riel).

Condamné pour haute trahison au terme d’un simulacre de procès, par un jury formé uniquement d’Anglais protestants, Riel fut pendu à Régina (Saskatchewan) le 16 novembre 1885, il y a 130 ans aujourd’hui même.  Il repose au cimetière de Saint-Boniface que j’ai visité, la dernière fois en 2002 (Ça m’a coûté un vieux dix que j’ai déchiré sur sa tombe).  Louis Riel demeure le symbole de la déchirure entre le Québec et le Canada, les francophones et les anglophones, l’Est et l’Ouest, les Autochtones et les Blancs. Les efforts des descendants-Riel et des politiques à travers les décennies pour obtenir du gouvernement fédéral n'ont pas abouti à sa réhabilitation. Toutefois, en 2002, lors de la reconstitution télévisée de son procès, plus de 85% de la population canadienne  a officieusement reconnu son innocence.

C’est dans sa mort que Louis Riel a sonné l’éveil nationaliste.  C’est lui, répétons-le, le déclencheur du nationalisme québécois.  Il y aura des œuvres littéraires, mais d’abord le discours du Champ-de-Mars.

DISCOURS D'HONORÉ MERCIER14 APRÈS LA MORT DE RIEL

Le 22 novembre 1885, au Champ-de-Mars, Montréal


Préambule lu par Ismène Toussaint

L'émotion est à son comble.  Louis Riel vient d'être pendu pour avoir osé réclamer les droits de ses compatriotes. Pendant que l'Ontario célèbre, le Québec tout entier est consterné.  Les boutiques sont fermées, le tocsin résonne.  Le 22 novembre, sur le Champ de mars, a lieu l'un des plus émouvants rassemblements de l'histoire du Québec. Cinquante milles personnes assistent à l'événement, portant au bras le brassard noir du deuil.

Sur la tribune, plusieurs orateurs se succèdent pour dénoncer le gouvernement fédéral des Conservateurs, mais celui qui livre les paroles les plus mémorables est Honoré Mercier.   Voici la transcription de ce qui est encore aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands discours de l'histoire du Québec.  Notons qu'à cette époque, on utilisait le terme "race" pour faire référence au "peuple".


« Riel, notre frère, est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison ; du fanatisme de Sir John et de quelques-uns de ses amis ; de la trahison de trois des nôtres qui, pour garder leur portefeuille, ont vendu leur frère.

En tuant Riel, Sir John n'a pas seulement frappé notre race au cœur, mais il a surtout frappé la cause de la justice et de l'humanité qui, représentée dans toutes les langues et sanctifiée par toutes le croyances religieuses, demandait grâce pour le prisonnier de Regina, notre pauvre frère du Nord-Ouest…

Nous sommes ici cinquante milles citoyens, réunis sous l'égide protectrice de la Constitution, au nom de l'humanité qui crie vengeance, au nom de deux millions de Français en pleurs, pour lancer au ministre fédéral en fuite une dernière malédiction qui, se répercutant d'écho en écho sur les rives de notre grand fleuve, ira l'atteindre au moment où il perdra de vue la terre du Canada, qu'il a souillée par un meurtre judiciaire.

Quant à ceux qui restent, quant aux trois qui représentaient la province de Québec dans le gouvernement fédéral, et qui n'y représentent plus que la trahison, courbons la tête devant leur défaillance, et pleurons leur triste sort ; car la tache de sang qu'ils portent au front est ineffaçable, comme le souvenir de leur lâcheté.  Ils auront le sort de leur frère Caïn. 

En face de ce crime, en présence de ces défaillances, quel est notre devoir ?  Nous avons trois choses à faire : nous unir pour punir les coupables ; briser l'alliance que nos députés ont faite avec l'orangisme ; et chercher dans une alliance plus naturelle et moins dangereuse la protection de nos intérêts nationaux.

Nous unir !   Oh, que je me sens à l'aise en prononçant ces mots ! Voilà vingt ans que je demande l'union de toutes les forces vives de la nation. Voilà vingt ans que je dis à mes frères de sacrifier sur l'autel de la patrie en danger les haines qui nous aveuglaient et les divisions qui nous tuaient. […]  Il fallait le malheur national que nous déplorons, il fallait la mort de l'un des nôtres pour que ce cri de ralliement fût compris. […]

Et puis, n'oublions pas, nous libéraux, que si la nation est en deuil à cause de l'assassinat de Riel, les conservateurs nos frères sont abîmés dans une douleur plus profonde que la nôtre.  Ils pleurent Riel comme nous, mais aussi ils pleurent la chute et la trahison de leurs chefs. Eux qui étaient si fiers et avec raison, de Chapleau15 et de Langevin16, qui voyaient dans l'éloquence de l'un et dans l'habileté de l'autre le salut du pays, sont obligés de courber la tête et de maudire aujourd'hui ceux qu'ils bénissaient hier. […]

Chapleau a refusé la main d'un frère pour garder celle de Sir John17 ; il a préféré les hurlements de quelques fanatiques aux bénédictions de toute la nation canadienne-française ; il a préféré la mort à la vie ; la mort pour lui, la mort pour Riel ; sa carrière est brisée comme celle de Riel, seulement celui-ci est tombé en homme, celui-là en traître! »


2e PARTIE (après la pause)

1re allocution :  Claude Samson, président-chef de la communauté métisse de Lanaudière (Nation Métis Contemporaine).

2e allocution : Jean Jolicœur, chef autochtone hors réserves de l'Alliance Autochtone du Québec (AAQ).

NOTES POUR L'EXPOSÉ D'ISMÈNE TOUSSAINT :

Louis Riel est également l’auteur d’une œuvre considérable, quoique inachevée, qui a été réunie en 5 volumes : Les Écrits complets de Louis Riel, Edmonton, Les Presses de l’Université l’Alberta, 1985 (sous la direction de George Stanley). Outre de très nombreuses œuvres artistiques, il  a inspiré   maints ouvrages, dont La Vie de Louis Riel par Pierre-Alfred Charlebois, Montréal, VLB éditeur, 1991 ; un hommage d’Ismène Toussaint : Louis Riel, le Bison de cristal, Montréal, Éditions Stanké, 2000 ; et Louis Riel : Journaux de guerre et de prison (présentation, notes et chronologie métisse 1604-2006 d’Ismène Toussaint), Montréal, Éditions Stanké, 2005. Voir également de la même auteure : « Louis Riel, écrivain », L’Encyclopédie du Canada 2000, Montréal, Éditions Stanké, 2000 ; repris dans le site internet www.louisriel.org

L'UNION MÉTISSE EST-OUEST

En 2005, est né un mouvement métis d’inspiration « riellienne » qui, sous l’impulsion de l’auteure Ismène Toussaint, du chef Autochtone Jean Jolicœur,  et de divers organismes, a conduit à la réunification des peuples métis du Québec, des Maritimes et de l’Ouest séparés par des siècles d'injustices (8 mai et 11 octobre 2005 ; 11 octobre 2006) et à la signature de l’Acte d’Union métisse Est-Ouest (8 mai 2007). La même année, puis plus officiellement en 2009, il a rejoint celui des Métis anglophones. Après avoir joué un rôle important dans le réveil des Métis du Québec, il continue à rendre service dans de nombreux domaines, dans le sens de la reconstruction de la Nation métisse (voir, dans l'espace central du site www.ismenetoussaint.ca,  la rubrique : «  Un Peuple libre, une vision, une union : Petit historique de l'Union métisse Est-Ouest »).

Yves Saint-Denis

NOTES 

1. Originaire de Chute-à-Blondeau (Ontario ou Ontarie), Yves Saint-Denis a effectué une carrière de professeur de français au niveau collégial et d'homme d'affaires. Il est également l'auteur d'une magistrale thèse de doctorat de lettres sur L'Édition critique de L'Appel de la Race de Lionel Groulx (1992) et de plusieurs monographies sur sa province, dont Nous ! 101 faits de l'Ontario français (1999). Profondément engagé dans la défense de notre langue et de la francophonie, il a été président de la section Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) et préside actuellement l'Assemblée des Patriotes de l'Amérique française (APAF). 

2. Gilles Rhéaume (1951-2014). Philosophe, journaliste, historien, enseignant, conférencier, patriote métis québécois, et leader historique de l’Union métisse Est-Ouest. Né à Verdun (région de Montréal), d’ascendance abénaquise, il effectua des études supérieures en communication, en philosophie, en sciences politiques et en sociologie, se spécialisant dans les droits linguistiques et les droits des peuples. Le plus jeune délégué au Congrès de fondation du Parti québécois en 1968, il travailla dans divers ministères puis devint président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM, 1981-1985), du Mouvement national des Québécois (MNQ) et de la Conférence internationale des Peuples de langue française (CIPLF). De 1986 à 1989, il poursuivit son parcours comme chef du Parti indépendantiste, puis comme porte-parole du Mouvement souverainiste du Québec (MSQ, 1996-2000). Également professeur de philosophie au niveau collégial, chercheur associé à la chaire d’histoire Hector-Fabre de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), il consacra plusieurs études à Louis Riel, dont L’Affaire Riel (1985). Nommé président de l’Union métisse Est-Ouest, un mouvement qui avait été fondé le 8 mai 2005 par l’auteure Ismène Toussaint et Jean Jolicœur, l'un des chefs de l'Alliance Autochtone du Québec (AAQ), en partenariat avec des Métis du Manitoba et du Québec, il cosigna  le 8 mai 2007 l’Acte d’Union métisse Est-Ouest, qui rappelle qu’au-delà de leurs divisions et des injustices perpétrées contre eux par le gouvernement fédéral, « les Métis forment un seul et même peuple, uni, fraternel et indivisible, de l’Atlantique jusqu’au Pacifique ». Le 18 mai 2009, il contribua à faire reconnaître la Nation métisse par la Nation québécoise lors de la Soirée des Patriotes qui avait été organisée par le Rassemblement pour un Pays souverain (RPS) au Centre des Congrès Renaissance de Montréal.

3. Louis-Joseph Papineau (1786-1871). Homme politique et avocat canadien-français, chef du mouvement des Patriotes. Originaire de Petite-Nation (Bas-Canada), il présenta en 1834 à la chambre d’Assemblée 92 Résolutions qui demandaient une réforme du système gouvernemental britannique. Trois ans plus tard, il prit la tête du mouvement de contestation populaire qui avait été provoqué par leur rejet, participa à de nombreuses assemblées, organisa le boycott des produits anglais, et créa le Conseil des Patriotes. Cependant, sa tête ayant été mise à prix, il dut s’exiler sept ans durant aux États-Unis, puis en France. À son retour, il fut élu en 1848 député du comté de Saint-Maurice au nouveau Parlement du Canada-Uni, mais choisit de demeurer indépendant. Conquis aux idées républicaines, convaincu que le statut d’État dans la fédération états-unienne était préférable à l’union du Haut et du Bas-Canada, il soutint le mouvement d’annexion du Bas-Canada aux États-Unis et participa à la création du Parti rouge (futur parti libéral). Défait aux élections de 1851, il fut réélu l’année suivante mais se retira trois ans plus tard.

4. Jacques Parizeau (1930-2015). Homme d'État québécois. Originaire de Montréal, il enseigna à l'École des Hautes Études commerciales (HEC) de 1955 à 1976 et de 1985 à 1989. Devenu député de l'Assomption (comté de l'Assomption, Lanaudière) à l'Assemblée nationale (1976-1984 et 1984-1991), il fut plusieurs fois ministre dans le gouvernement de René Lévesque (1976-1984 et 1976-1979) et président du Conseil du Trésor (1976-1981), avant de démissionner de ses postes à cause de la mise en veilleuse du projet de souveraineté du Québec. Nommé président du Parti québécois (1988-1995), il exerça les fonctions de Premier ministre du Québec de 1994 à 1995 et résilia ses fonctions en raison de l'échec du référendum sur la souveraineté de la province. Voir l'hommage que lui a consacré Yves Saint-Denis dans l'espace central du site Ismenetoussaint.com : « 1er juin 2015 : Décès de M. Jacques Parizeau, ancien Premier ministre du Québec -  « Jacques Parizeau, l'homme d'État »,
http://www.ismenetoussaint.com/ArticleView.php?article_id=220

5. Éditions du Jour, Montréal, 1968 (disponible en bibliothèque et sur les principaux sites Internet de commandes d'ouvrages). Cette pièce de théâtre fut écrite et mise en scène en 1967 par le comédien Jean-Louis Roux (1923-2013) au Théâtre du Nouveau-Monde, à Montréal. Il y jouait le rôle de Louis Riel.

6. Éditions Stanké, Montréal, 2000.

7. Les Éditeurs Réunis, Marieville, 2015. Le premier tome de ce roman s'intitule « Les voix de la plaine ».

8. Extrait de l'article « Louis Riel, un phare dans la tourmente », paru dans  L'Action indépendantiste du Québec, Montréal, n° 18, juillet-août 2000, p. 5 ; repris dans diverses publications ainsi que dans l'espace central du présent site : http://www.louisriel.org/ArticleView.php?article_id=18 

9. Éditions du Phoenix, L'Île Bizard, Québec, 2012 (livre pour la jeunesse). 

10. Marie-Anne Gaboury (1780-1885). Pionnière canadienne-française. Originaire de Maskinongé (région de la Mauricie, Bas-Canada), elle fut placée dès l’âge de douze ans chez le curé du village avant d’épouser en 1806 le commerçant de fourrures Jean-Baptiste Lagimodière: elle allait lui donner huit enfants, dont Julie, la future mère de Louis Riel. Six ans durant, elle suivit son mari dans ses expéditions de chasse au bison et au castor : au fort Gibraltar (Winnipeg), au fort Daer (Pembina, Dakota-du-Nord), au fort Augustus (Edmonton, Territoires du Nord-Ouest), à Cumberland House (Saskatchewan), et dans le nord de cette région. Puis le couple s’établit en 1812 à la colonie de la rivière Rouge. Quatre ans plus tard, Marie-Anne dut se réfugier chez les Indiens pendant que son mari partait en canot jusqu’à Montréal pour informer lord Selkirk, le fondateur de la colonie, des troubles qui sévissaient entre la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) et la Compagnie du Nord-Ouest (CNO). À son retour, le couple emménagea dans une maison de bois sise sur une terre, entre les rivières Rouge et Seine.

Plusieurs Métis du Québec, dont le poète et géographe Jean Morisset, demeurent convaincus que Marie-Anne Gaboury est Métisse. Mes recherches, entreprises dans les archives de la région, ne m'ont pas permis d'en faire la preuve mais les autorités religieuses auraient pu occulter cette ascendance dans ses actes de baptême et de mariage : une pratique qui était fort répandue par le passé. On lira avec profit les ouvrages consacrés à cette courageuse pionnière : Anne Goulet, Marie-Anne Gaboury, une femme dépareillée, Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 1989 ; Maggie Siggins : Marie-Anne, la vie extraordinaire de la grand-mère de Louis Riel, Montréal, Éditions du Septentrion, 2011 (traduit de l'anglais par Florence Berthier).

11. Indépendantistes irlandais.

12. Imprimerie de l'Étendard, Montréal, 1886. Cet ouvrage est disponible en bibliothèque, dans les principaux sites Internet de commandes de livres et en numérique sur le net. Il a été également repris dans Les Écrits complets de Louis Riel, Edmonton, Les Presses de l’Université l’Alberta, 1985 (5 volumes publiés sous la direction de George Stanley).

13. Gabriel Dumont (1837-1906). Chasseur de bisons, marchand de fourrures, agriculteur, adjudant-général et homme politique métis canadien-français. Né à Saint-Boniface (colonie de la rivière Rouge), il se distingua très tôt par ses qualités de guerrier en participant en 1851 à la bataille de Grand Coteau (Missouri) contre les Sioux. Dans les années 1870, considérant le déclin de la chasse au bison et les persécutions dont les Métis de la colonie de la rivière Rouge étaient victimes, il encouragea les siens à devenir agriculteurs. En 1872, il s’attribua lui-même une terre près de l’Anse aux Poissons (Fish Creek, Saskatchewan), qu’il entreprit d’exploiter avec sa femme, la Métisse écossaise Madeleine Wilkie (1840-1886), en même temps qu’un traversier sur la rivière Saskatchewan-sud. Élu chef de Saint-Laurent (même région) l’année suivante, il peut être considéré comme le premier président métis des Territoires du Nord-Ouest. Soucieux d’améliorer le sort de ses compatriotes, il contribua à fonder des écoles, des orphelinats, des églises, une mini-armée, etc. Cependant, ne parvenant pas à obtenir de titres de propriété, il ramena Louis Riel du Montana en 1884 afin qu’il rédige une liste de droits destinée au gouvernement d’Ottawa. En mars 1885, en qualité d’adjudant général du gouvernement provisoire métis, l’Exovidat, il prit la tête de la résistance et mena avec de rares qualités de stratège les batailles du lac aux Canards (Duck Lake, 26 mars), de l’Anse aux Poissons (24 avril) et de la ville de Batoche (9-12 mai) contre l’armée canadienne-anglaise. Toutefois, le dernier jour du conflit, cette dernière s’empara de la petite capitale métisse. Contraint de s’enfuir aux États-Unis, Gabriel Dumont s’engagea quelque temps dans le spectacle de « Buffalo Bill » Cody, le Wild West Show, tout en tentant de ranimer l’ardeur guerrière des Premières Nations et des Métis exilés, mais sans succès. Dans les années 1887-1888, il effectua une tournée de conférences dans le nord des États-Unis et au Québec afin d’essayer de sensibiliser la population au sort de son peuple et de récolter des fonds pour les victimes de guerre. Mais malgré l’accueil triomphal qu’il reçut dans ce dernier pays, son entreprise tourna à l’échec : il entreprit alors de dicter ses mémoires à des rédacteurs québécois et franco-manitobains (1888 et vers 1902-1903), qui furent publiés en 1889 dans Louis Riel : La Vérité sur la question métisse au Nord-Ouest d’Adolphe Ouimet et de Benjamin-Antoine Testard de Montigny (1889), puis dans leur intégralité par Denis Combet et Ismène Toussaint sous le titre Gabriel Dumont, Souvenirs de résistance d’un immortel de l’Ouest (2009). Il mourut dans l’oubli à Bellevue (Saskatchewan). Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des plus grands héros canadiens.

14. Honoré Mercier (1840-1894). Avocat et homme d’État canadien-français. Né à Saint-Athanase (Bas-Canada), il fut élu en 1882 chef du Parti national provincial. Le discours qu’il prononça le 22 novembre 1885, place du Champ-de-Mars, à Montréal, est demeuré célèbre : « Riel, notre frère, est mort… » La crise gouvernementale qui suivit la pendaison du chef métis porta son parti au pouvoir : le 29 janvier 1887, Honoré Mercier était nommé Premier ministre du Québec. Il donna un essor industriel et agricole considérable à sa province, mais son implication dans le scandale financier lié à la construction du chemin de fer de la Baie des Chaleurs lui valut d’être renvoyé de son poste en 1891 par le lieutenant-gouverneur du Canada. Une fois lavé de tout soupçon, il revint sur la scène politique l'année suivante, mais son parti essuya une défaite écrasante. Il est considéré aujourd’hui comme le père de l’indépendantisme québécois.

15. Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898). Homme politique, homme d’affaires, professeur de droit et avocat canadien-français. Originaire de Sainte-Thérèse (Bas-Canada),  il prit en 1874 la défense d'Ambroise Lépine, l’ancien adjudant du gouvernement provisoire de Louis Riel, qui avait été condamné à mort mais qui fut gracié. Par la suite, il enseigna le droit à l’Université Laval de Montréal (1878-1898). Élu de 1879 à 1882 Premier ministre du Québec et président du Conseil exécutif, il poursuivit sa carrière comme secrétaire d’État dans le cabinet de Sir John A. Macdonald (1887-1891). Ayant refusé de démissionner lors de « l’affaire Riel », il s’attira le surnom de « ministre pendard » de la part de la population du Bas-Canada, mais termina brillamment sa carrière comme gouverneur de la province de Québec (1892-1898).

16. Hector Langevin (1826-1906). Homme politique canadien-français. Originaire de Québec, il occupa les fonctions de superintendant des Affaires indiennes (1867-1869) et de ministre des Travaux publics (1869-1873 et 1879-1891) dans le ministère de Sir John A. Macdonald. En août 1885, lors d’un voyage dans les Territoires du Nord-Ouest, il décida d’aller prendre le pouls de la situation en Saskatchewan, puis abandonna son projet sans en avertir les Métis. Lors du procès de Louis Riel, il choisit de protéger sa carrière plutôt que de s’opposer au Premier ministre : un comportement qui lui valut le surnom de « ministre pendard » de la part de la population du Québec. 

17. John Alexander Macdonald (1815-1891). Homme d’État écossais et canadien. Né à Glasgow, il émigra à Kingston (Haut-Canada) dans sa jeunesse et devint membre fondateur du parti libéral-conservateur après les élections de 1854. En 1867, il accéda au poste de Premier ministre du Canada et se fit « bâtisseur de la nation », selon ses propres termes, en adjoignant le Québec, le Manitoba, les Territoires du Nord-Ouest, la Colombie-Britannique et l’Île du Prince-Édouard à la Confédération. Toutefois, son implication dans le scandale de la construction du chemin de fer Canadian Pacific l’obligea à démissionner en 1873. Grâce à une politique tarifaire qui protégeait le secteur manufacturier en imposant des taxes élevées sur les importations, il revint au pouvoir en 1878 et travailla à une forme de coopération avec l’Angleterre. Mais la pendaison de Louis Riel (16 novembre 1885), dont il est le grand responsable, jointe à des problèmes d’alcoolisme et d’opiomanie, rendit la fin de son mandat difficile : il perdit ses appuis politiques au Québec et se heurta à une opposition de plus en plus forte. Il fut néanmoins réélu à la tête du pays en 1890. Au Canada anglais, il est considéré comme l’un des « Pères de la Confédération ».

(Notes d'Ismène Toussaint)

 

 

 

 

 

 

 

© Yves Saint-Denis

 


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